L’effet Flynn

Ou une tentative d’analyser l’évolution de l’intelligence au cours de l’Histoire

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Abstract

Explicitation de l’effet Flynn ainsi qu’exemples pratiques. Corrélation entre intelligence, potentiel et tests de Q.I.

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«On appelle

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Introduction

effet Flynnl’accroissement «lent» du rendement moyen à des tests de typeQ.I. observé depuis 100 ans dans les pays industrialisés. Ce qui se traduit dans la pratique par une meilleure mise en valeur du potentiel intellectuel des habitants de ces pays.»[1]

Ce phénomène mis en évidence par James R. Flynn est en réalité une extension du fameux principe latin découlé des Grecs: « Un esprit sain dans un corps sain » [2] et déclenche un important débat car basé sur les test de QI, il souffre forcément du même problème, est-ce une évolution de l’intelligence ou une évolution de la réalisation du potentiel de notre intelligence?

Aux origines de la théorie, c’est simplement une interrogation autour du fait que depuis la seconde guerre mondiale, les tests bien que de moins en moins révisés doivent cependant être régulièrement «durcis» afin de maintenir le QI moyen à 100 (qui est une valeur statistique et non de qualité), on observe donc un décalage constant vers la droite de la courbe de Gauss du Q.I. . C’est l’armée qui a bien souvent fourni les données principales à cette théorie car certains pays effectuaient un test d’intelligence pour tous les conscrits. Ainsi a-t-il été observé un saut régulier par 7 points de QI. Bien entendu, ces sauts ont des raisons souvent forts simples d’ailleurs mais également, comme il s’agit de statistiques et de pourcentages, ce ne sont que 7 points en valeur de la période de saut et non en valeur absolue.

Voici un possible graphe de l’évolution de l’intelligence au cours des âges: 1


Quels sont les facteurs possibles?

Médias: radio, télévision, jeu vidéo, Internet, multimédia, …

Technologiques: voir média, sédentarisation, salubrité des habitations, santé publique, sciences, mathématiques, imprimerie, industrialisation, éclairage artificiel, véhicules automobiles, …

Physiques: hygiène, alimentation, confort, sécurité

Pédagogiques: philosophie, attention parentale, baisse inceste, alphabétisation en augmentation tant primaire que secondaire, éducation féminine, longueur des études, formations, polyglottes, …

Sociaux: diminution longueur du travail, congés, loisirs, enseignement gratuit, bourses d’étude, égalité homme/femme

En fait, chacun de ces facteurs explique pourquoi l’intelligence ou la réalisation de son potentiel ont pu évoluer, il y a d’importantes interdépendances.

Tout le monde va finir surdoué alors?

Cependant, chose étrange, le niveau intellectuel de la moyenne de la population progresse mais quasi pas celui des personnes déjà très intelligentes (à partir de 115-125 de QI), c’est probablement parce que les personnes, douées, surdoués ou les génies ont déjà un potentiel de base si élevé que les stimulations n’ont plus d’effets. Ces personnes sont d’ailleurs souvent décrites comme auto-stimulées, le milieu est plus souvent un facteur négatif pour ces gens qu’une stimulation. [4] Mais la question est intéressante, hormis les personnes qui ont un handicap intellectuel physique, on observe que la moyenne des gens diminuent l’écart entre eux et les plus doués, cependant pour qu’un personne moyenne réalise tout son potentiel et devienne éventuellement surdouée, le nombre de facteur est excessivement important, le travail est immense et il faut également que son potentiel intellectuel lui permettent d’aller jusque là. En plus, beaucoup de choses se font durant la grossesse et la croissance donc il existe encore un important potentiel à dégager àl’âge adulte mais la majorité des facteurs nutritifs et de stimulation portant durant l’enfance sont définitivement perdus.

C’est l’ironie de la situation, les surdoués que l’on appelle également des hauts potentiels ont en réalité un très haut potentiel de base mais une plus petite variabilité, il ne peuvent presque pas progresser tandis que monsieur tout-le-monde, ne saura peut-être pas aller jusque là mais dispose d’une réserve de développement colossale.

L’autre possibilité qui existe est que les personnes au-delà de 115-125 ne pourront un jour évoluer à nouveau que lorsque la moyenne se sera qualitativement plus rapproché d’eux car créant une mutation de milieu social et que le décalage sera tellement réduit qu’il ne sera plus handicapant en terme de socialisation et de communication.

De toute manière, vu la manière de calculer le QI, on pourrait réduire la distance intellectuelle entre les gens mais pas transformer tout le monde en surdoués, les règles statistiques qui régissent cette définition s’y opposent.

Comment, àla Renaissance, 57 de QI et 55 sous l’Empire Romain, n’est-ce pas exagéré?

En fait, l’effet Flynn est essentiellement étudié depuis l’entre-deux guerres jusqu’à aujourd’hui où il semble stagner désormais. Mais on peut néanmoins l’étendre aisément, en effet, les périodes de progression de l’intelligence telles qu’observées par Dickens et Flynn correspondent en Histoire à des crises et des mutations sociales, techniques et économiques importantes. [3]

Si l’on réfléchit sur ce qui nous différencie de cette époque, on voit tout de suite des grosses différences, à l’époque Romaine et de la Renaissance, peut-être 5% de la population était lettrée contre 90% aujourd’hui. Très longtemps, l’on a dénié toute intelligence aux femmes et malgré de courageuses exceptions qui ont parfois dû tout sacrifier pour vivre dignement, la majorité des femmes n’osaient pas faire preuve d’intelligence et, probablement, finissaient par créer un faux-self qui enfouissait leurs capacités réelles. [5] Les tâches ménagères étaient également écrasantes et il est difficile, aujourd’hui de comprendre ce qu’a signifié l’invention de la machine à laver par exemple d’autant qu’à nouveau, ces tâches étaient imposées aux femmes. Peu de gens faisaient des études, la majorité des gens parlaient un patois au vocabulaire limité et non une langue, …

Donc en fait, peu importe qu’il s’agisse d’intelligence, de projection de l’intelligence ou de réalisation du potentiel intellectuel, l’immense masse du peuple est alors superstitieuse, peu formée, analphabète et sans accès au savoir, à la connaissance ou au développement. La survie au quotidien et la résistance physique aux maladies sont les choses les plus importantes.

Durant le Moyen-Âge, les livres qui contenaient connaissances et idées étaient réservées aux «élites» intellectuelles mais aussi soumis à la censure impitoyable de l’Eglise, seule dépositaire des ateliers de copistes. Les parchemins, papyrus et autres rouleaux étaient à accès très limité et réservé. Donc, le peuple n’a comme connaissance que ce que le pouvoir veut bien laisser filtrer.

Les élites dirigeantes fondent également leur pouvoir sur l’ignorance et maintenir une telle distance intellectuelle est bien entendu primordial au maintient du système politique.

Or l’on observe que l’effet Flynn porte désormais essentiellement sur l’Intelligence Générale et beaucoup moins sur les autres formes d’intelligence, probablement parce que des siècles de peaufinage ont fait que ces domaines sont à peu près aboutis, nous n’évoluerons plus beaucoup dessus sauf révolution ou mutation importante. Il est possible que cette intelligence générale, basée énormément sur l’abstraction, n’ait dû attendre tout ce temps pour exploser, parce qu’elle avait besoin d’autres facteurs de développement.

Il y a aussi une assignation des ressources très différentes, la guerre et la religion consomment en ces temps la majoritédes forces des Hommes ce qui va changer dès la Renaissance mais de manière graduelle. Les Grecs comme les Romains avaient les moyens de faire une révolution industrielle mais ils ne l’ont pas fait, par choix conscient!

Comment ça marche?

Prenons par exemple la nutrition, une personne correctement nourrie depuis sa conception jusqu’à la aujourd’hui a un corps plus robuste, des organes bien développés, une santé plus solide et un cerveau disposant en réserve comme en continu de tous les nutriments nécessaires. Donc, sans carence alimentaire, toute la croissance est optimale. Cependant, à l’inverse, les abus, la malbouffe, … auront bien entendu des impacts négatifs d’où l’importance de l’intelligence ET des connaissances des parents.

C’est ici que l’émancipation féminine prend une seconde valeur car en plus d’augmenter l’intelligence générale de la population, elle dope forcément le niveau global de la nouvelle génération sur les plan de la nutrition, des soins, de la stimulation intellectuelle, de l’exemple mais aussi dans la pédagogie en bannissant quasiment les châtiments corporels.

Cependant, cette émancipation étant très tardive (début XXème siècle), il est donc logique que son point d’accélération ne commence que dans les années ’50 et ’60. Il reste certes encore des progrès importants à faire mais on peut estimer que la majorité du bénéfice est déjà prise.

Cependant, à nouveau un bémol, le bon suivi des enfants demande une part de sacrifice qui si il n’est pas accordé, bénéficie à l’actuelle génération adulte mais se «payera» sur la suivante.

Les nouveaux médias et l’informatique nous rendent naturel et automatique des concepts abstraits, quelque part, ils matérialisent l’abstraction car ce virtuel, omniprésent et quotidien nous offre un tas d’expériences jadis impossible ainsi que la visualisation de phénomènes selon des points de vue inédits. Ainsi, les simulations aident-elles énormément sur le plan du raisonnement et des réflexes. Mais, à nouveau, il y a un revers à la médaille, les simulations sont pauvres en perceptions et leur abus sous-stimule les capacités kinesthésiques et sensorielles d’où une carence du développement cérébral mais aussi de la mémorisation. [6]

Quand l’effet Flynn auto-crée

Il existe plusieurs exemples oùles stimulations et l’évolution des capacités ont été provoquées par des découvertes. Ainsi des choses comme le tir à l’arc, la bicyclette ou encore la conduite automobile ou d’aéroplanes a stimulé des aires du cerveau quasiment inutilisées. Donc, ironiquement, dans ces cas, l’effet Flynn s’alimente sur le progrès qu’il a permis.

Le multimédia va lui intensément agir justement sur cette fameuse intelligence générale.

Ne pas oublier qu’à la base, l’effet Flynn est physique!

C’est là que la fameuse maxime de Juvenal «un esprit sain dans un corps sain» prend tout son sens, l’alimentation est importante mais également la forme physique. Trop peu d’exercice et le corps s’empâte, la circulation sanguine est moins bonne, son oxygénation par les poumons moins performante, …

Et l’effet Pygmalion ?

En effet, il est prouvéque de croire en le résultat améliore les scores et mène plus vers le succès, c’est un peu la «positive attitude». Même si cela a aussi ses limites, cela contribue énormément à l’effet Flynn, c’est un peu son placebo en quelque sorte.


1968 ?

Mai ’68 a été une nécessité car elle a ouvert la possibilité à chacun d’être libre mais en expliquant mal ou pas que cela implique que chacun devient également responsable de lui-même et de ses actes. On peut comparer cet évènement lié aux évènements de 1933-1945 à l’ouverture de la boîte de Pandore et nous n’avons pas encore fini d’en payer les conséquences. En revanche, c’est l’explosion de l’intelligence sociale car, désormais, il ne suffit plus de se conformer au code social en vigueur que pour exister dignement, toutes les relations deviennent individualisées et demandent de la réflexion, le démarrage d’une société multiculturelle en est autant la conséquence que la prolongement et sur le domaine des relations entre humains, il nous reste là encore de nombreux progrès à réaliser mais sans codes de conduite cette fois même si l’avènement du positivisme et du « politically correct »serait interprétable comme une régression.

Et l’idéal?

Il s’avère que notre monde actuel souffre d’une carence claire en motivation et en compréhensions réciproques. Peu de gens sont encore poussés par un idéal et encore la majorité le font-ils au nom d’une idéologie ou d’une religion, leur développement tant intellectuel que moral est donc largement cadré, surveillé mais aussi balisé. La lutte pour la liberté qui durait depuis des millénaires est quasimentachevée. Non que notre monde soit devenu parfait mais bien peu de combats sont encore ressentis comme vitaux. La majorité des gens se contentent généralement de vivre et n’ont plus le stimulus du combat. Philippe Dumas parle également d’un nouveau genre de fossé des générations qui crée un grand trouble dans l’éducation et la pédagogie et pose question car, en plus d’une nouvelle génération totalement soumise au TIC, il y a un modèle de fonctionnement qui s’avère parfois totalement différent, le terme même de désir n’est plus vécu de la même manère. [7]

Si l’on reprend une combinaison de ces facteurs, l’on arrive bien entendu à une contradiction pédagogique importante. Or si les bases d’enseignement posent des soucis culturels trop importants entre élèves, système et enseignants, les gains des TIC sont modérés par une perte des bases traditionnelles mais qui vont également dégrader les gains dûs aux TIC. Au global, nous obtenons une génération désorientée, sans but ni idéal et donc avec une motivation très faible.

Faute de motivation, la plupart des stimuli resteront donc passifs et, au mieux, ils obtiendront un niveau comparable à leur parents.

Quelques facteurs contrariant l’effet Flynn

L’obésité et la dégradation physique font que le corps ne soutient plus bien l’esprit mais également en dégradant l’image de soi cela impacte la confiance en soi.

L’immigration massive d’étrangers n’ayant pas encore autant bénéficié de cet effet mais, à contrario, ils dynamisent la société et chaque génération diminue la différence.

La pollution, surtout des nouveaux matériaux semble induire des effets nocifs pour le cerveau et le système nerveux.

Conclusion

L’effet Flynn est-il quasiment terminé ou pas? Existe-t-il réellement ou pas?

On peut raisonnablement penser que tous les progrès techniques, scolaires, sociaux, intellectuels démontrent bien une accélération actuelle de la pensée mais que des ratés commencent àse faire sentir.

Soyons clair, pour bénéficier totalement de l’effet Flynn, il faudrait un environnement dévoué à mort à une prochaine génération (jusqu’au suicide en fait pour ne pas la polluer). Cette génération devrait être éduquée dans une forme de narcissisme afin qu’elle pratique le développement et le soin de soi jusqu’à la maniaquerie.

Mais, nous sommes humains, donc imparfaits et c’est cette imperfection qui crée l’insatisfaction qui mène à la créativité. Donc, ne hâtons pas un monde parfait et profitons de la vie et de ses bienfaits. La grande leçon de l’effet Flynn en fait, c’est que plus nous nous comportons de manière équilibrée et humaine, plus nous progressons. Car à trop hâter ou à créer cela de manière artificielle, cela pourrait se résumer à un suicide sociétal car nous ne sommes probablement pas encore moralement prêts à tout cela.

Hugues CREPIN

Publié en 2009 dans le ComMensal n°10 p 5-7 de l’association Mensa, branche belge.

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Références

References

  • La problématique sociale de l’évolution intellectuelle de nos sociétés « occidentales »
    Reference Link