François Hollande, ce délicieux boomerang

· Analyse, politique

François Hollande 2012
Bonjour,

Petit essai politique sur un homme qui sera probablement un sujet d’étude en politique, éthique et économie pour quelques siècles.

Avertissement: je ne suis ni pour la droite, ni pour la gauche, personnellement, j’aurais eu des politiques assez différentes et en tous les cas plus nuancées et souples afin de ne plus gaspiller les qualités et les richesses de nos pays et de ses habitants comme résidents.

Une fois n’est pas coutume, je vais écrire sur un homme politique, c’est une première mais c’est un homme qui le mérite bien, homme de carrière, ancien premier secrétaire général du PS, ex-compagnon d’une candidate malheureuse à la présidentielle (Ségolène Royal), président malheureux lui-même, il est un véritable phénomène, un OVNI, une aberration à la logique et au bon sens mais n’est-ce pas après tout ce que devient le jeu politique, domaine où même notre époque réussit à innover dans un domaine qui a partout été largement exploré et expérimenté depuis l’aube des âges.
Né en 1954, il est à la base avocat et magistrat à la Cour des Comptes, c’est déjà surprenant de s’en souvenir au l’aune d’aujourd’hui. Il fait son service militaire par devoir alors qu’il est normalement réformé pour sa trop forte myopie.
Il a été premier secrétaire du PS de 1997 à 2008, maire de Tulle de 2001 à 2008 et député de Corrèze de 1988 à 1993 et de 1997 à 2012 et enfin président de la république française à partir de 2012 en battant Nicolas Sarkozy qui sera un thème secondaire de cet article en ce sens qu’il y est un objet utilisé et non une partie active et prenante.

C’est donc une personnalité assez curieuse, très perturbante, manifestement d’un excellent niveau intellectuel qui aurait normalement dû lui permettre de prendre une ascendance avec peu de compromis voire de compromissions. Or toute sa carrière se fait en dansant, un pas en avant, un en arrière voire deux puis un peu avant, c’est une scie chaotique mais une scie quand même. C’est donc bien lié à sa personnalité et non à ses capacités mais peut-être aussi à l’illusion générée par son apparence physique qui a dû lui coûter très cher dans le passé mais qui coûte désormais très cher aux autres désormais qui n’arrivent pas à admettre qu’un homme de son image puisse être aussi redoutable.

Venons-en à une partie bien précise de sa carrière, la partie entre 2007 et 2012 où considéré comme presque perdu, lâché, fâché avec la majorité des éléphants du PS, il va entamer une traversée du désert et n’en sortir que grâce à une stratégie digne de Pyrrhus alliée à un évènement « imprévu »: la chute de DSK sur une femme de chambre américaine d’orgine africaine.

Sa stratégie est simple, créer la détestation de Nicolas Sarkozy et créer un mouvement général « tout sauf Sarkozy » partant du principe que les français n’oseraient jamais le FN (il pourrait même rêver d’une élection avec un score africain comme Chirac en 2002) et que les électeurs pratiquent globalement le vote utile ne favorisant que les grands partis. C’est une stratégie en fait assez simple mais longue et la personnalité de Nicolas Sarkozy, petit, pas très « français », un peu colérique, trop franc et empêtré par ses « amis » ne rend pas trop difficile, il doit juste casser cette image de petit garçon ayant surmonté des origines ingrates et dont le côté rugueux, travailleur, opiniâtre et direct ne déplaît pas tant que cela aux Français couplé au fait qu’il est son opposé: Nicolas Sarkozy n’a pas peur d’annoncer de mauvaises nouvelles ni de proposer voire d’imposer des solutions douloureuses.

Là où l’anguille Hollande excelle à éviter de dire des choses désagréables et fait effectuer les actes impopulaires par d’autres, c’est facile, ses responsabilités étant devenues plus réduites, il peut se baser sur son passif, polariser sur les défauts de Sarkozy et même si sa réserve de fusibles est épuisée, il n’en a plus besoin, il joue sur le velours.

Là où il va jouer sur le facile c’est que notre monde est très politisé et ce de deux manières: les uns sont politisés par opinion et ils ont été élevés à contester automatiquement tout ce que « l’ennemi » dit ou fait, on ne réfléchit pas, c’est l’autre, donc c’est mauvais et il faut le combattre mais il y a les autres et qui sont peut-être plus redoutables encore, ce sont les politiques de réseau, des gens qui travaillent dans l’échange de services et qui ont basé toute leur vie sur le donnant-donnant et Hollande a là un important capital, en partie dégradé car considéré comme perdu beaucoup ne vont plus « honorer leurs dettes » envers lui et d’autres ne lui « feront plus crédit » pensant ne plus rien pouvoir obtenir de lui.

En menant ce combat, il reprend un poids au sein du PS où Martine Aubry devenue première secrétaire déplaît et où le précédent ayant vu le premier secrétaire pas automatiquement candidat aux présidentielles peser un poids aussi important que les bourrages d’urnes dénonçant des vestiges staliniens au sein du PS.

Pendant ce temps, sa stratégie a fait boule de neige et tous les affidés PS vont travailler à non seulement dégrader l’image du président de droite en place mais en plus tout faire pour bloquer son action. Il est vrai que la droite au pouvoir a toujours souffert d’un ratio négatif, l’administration est tradionnellement majoritairement de gauche, enseignement et justice compris. Les médias sont détenus par la droite mais non seulement les journalistes sont culturellement plus à gauche mais ces thèmes étant plus vendeurs, la logique financière prévaut. Les syndicats étant de gauche par nature.

C’est là par contre que se situe l’erreur fondamentale de François Hollande: discréditer Nicolas Sarkozy, c’est logique, se positionner sur ce segment idéologique est porteur et il va exceller à jouer à la fois les chefs d’orchestre et à jouer en sous-main mais la question se pose: pourquoi bloquer son action alors que la situation exige des actes ce qui va créer un passif de retards que la droite va finalement se résigner à laisser à la gauche mi-dégoûtés, mi-amusés. Dégoûtés parce que c’est le pays et les bénéfices des gens de droite comme de gauche qui paient cela, amusés parce qu’ils se rendent bien compte que la situation est ingérable et que ce n’est presque pas plus mal de perdre l’élection dans de telles circonstances.

Mais avant cela, François Hollande doit passer les primaires socialistes, tacler Aubry qui s’est garantie de solides avantages stratégiques mais qui n’est pas très populaire entre autre à cause de mélanges de genre dans sa circonscription du Nord et que ses rapports à la laïcité sont un peu flous. Il lui reste cependant un coup de Jarnac, Nicolas Sarkozy a préparé sa réélection en offrant à Dominique Strauss-Khan un poste au FMI où ses penchants libertins posent des problèmes d’une part mais aussi parce que Sarkozy a construit toute sa stratégie là-dessus, écarter DSK de France afin d’augmenter son aura au PS où il apparaîtra comme le retour de l’enfant prodige et, surtout, sans casseroles récentes en France. Et contourner DSK, ça il ne pas vraiment comment faire du moins sans se plomber lui-même car presque tout ce qui est reprochable à DSK a quasiment été commis sous sa direction du PS.

DSK en candidat, Sarkozy a des dossiers complets et même si sur l’économie DSK le surclasse, il n’est pas aussi bon communicateur et il y a le reste des sujets plus les incidents relativement facile à provoquer envers une personne sujette aux pertes de contrôle et sex-addict. La France n’est pas un pays puritain cependant donc ce n’est pas de coucheries que Sarkozy a besoin mais bien d’abus de pouvoir pour garder le vote des femmes, même à gauche et DSK est le pivot idéal pour faire craindre une présidence avec pas mal de passe-droits et abus divers. De plus DSK mis au poste suprême de son parti puis de son pays, il n’yaura absolument plus personne capable de le maîtriser, jouer sur ces sujets reste gagnant-gagnant d’autant que le terrain communautaire est impraticable entre ces deux candidats qui ont tous les deux intérêts à éviter le sujet, ça assainira les débats aussi.

Là, deux choses vont déraper, d’une part DSK se retrouve pris plutôt que prévu dans un scandale sexuel et Martine Aubry va perdre face à François Hollande. La stratégie rampante a payé et François Hollande va finalement pourfendre tous les calculs de ses opposants jusqu’à ce débat mythique où il improvise en direct sa tirade du « moi président ».

Nicolas Sarkozy perd pied devant cette tactique de l’absurde, il connaît Hollande pourtant mais se retrouve devant un blague tournée en argument politique, il s’égare, surpris, confus et ce dernier pli lui fait perdre l’élection présidentielle alors que rien n’était joué, l’élection s’avérant serrée comme jamais.

Mais dans tout ceci, François Hollande a maintenant au moins deux boomerangs en vol, l’un, ce sont tous les dossiers bloqués par la flibuste de gauche durant 5 ans plus ceux laissés par la droite car trop pourris avant des élections ou par découragement, on peut se demander si Hollande a vouluj et réfléchi ou si il a été dépassé par le zèle des supporters de la gauche. Résultat: un Himalaya de problèmes ingérables et devoir rembourser des services pour sa nomination à la primaire par des gens pas toujours les plus compétents pour les résoudre, combinaison redoutable. Il va couper la poire en deux, trahir certains en se basant sur une équation simple de choix, chaque personne=influence + compétence + potentiel fusible. C’est là la raison de ses choix parfois surprenant, c’est un stratège et il va même parfois placer des personnes incompétentes sur un domaine en crise afin de régler la situation par phase en le chargeant de la responsabilité tout en éliminant parfois aussi un rival où une personne envers qui il avait une lourde dette.

Sur ce plan-là, François Hollande se comporte en homme d’Etat et en gestionnaire redoutable mais il n’est pas du tout ce bon bonhomme qu’il donne comme image, c’est au contraire un redoutable calculateur mais qui broie son entourage selon ses besoins ainsi que ses opposants. On comprend mieux le vide qui règne autour de lui, il est difficile de faire de vieux os dans de telles conditions et se faire mettre à l’écart par lui est parfois une vraie marque d’affection.

Évidemment, là le premier boomerang commence à revenir car, stratégiquement, il aurait fallu détruire l’image de Nicolas Sarkozy et le laisser effectuer certaines actions critiques mais très très impopulaires. Au lieu de cela, après des mois d’hésitations et d’immobilités, il donne quelques gage de son programme mais se retrouve obligé d’utiliser presque une copie du programme de l’UPM pour faire survivre le pays. Il démontre donc qu’il a critiqué une personne qui avait détecté et décidé de faire des choses nécessaires et qu’il n’a fait que faire perdre du temps à tous car ne présentant finalement pas d’autre solution que ce que la droite préconisait déjà sous le mandat précédent.
Globalement donc, il est en train de rendre sa réputation à Nicolas Sarkozy avec les intérêts en prime, seul bénéfice, il charge son rival principal d’appliquer des réformes inacceptables pour son parti et donc de le détruire pour la primaire de 2016-2017 qui désignera le candidat PS au présidentielle. Mais et si François Hollande ayant calculé le poids des retours avait considéré 2017 comme ingagnable et visait déjà 2022 , laissant cette fois la droite payer tout le prix des réformes ?
Emmanuel Valls est jeune et dynamique, un profil hybride pour lequel gauche et droite peuvent voter, il a aussi une personnalité forte (en bien et en mal), il ne peut pas lutter de front donc l’éliminer ou le neutraliser permettrait aussi de le garder sous sa coupe ou de l’évacuer.

Maintenant, l’imprévu, parce qu’improvisé, c’est son argumentation du « moi président », il ne l’avait pas calculé et les dérives factuelles à son discours sur le « président normal » s’accumulent et si les Français ne sont pas puritains, ils ont quand même du mal avec le concept d’une concubine présidentielle combiné avec une maîtresse en prime, ça fait manque de sérieux et de fiabilité surtout que traditionnellement les épouses de présidents sont informées qu’elles sont trompées et pas humiliées internationalement. Ce boomerang-là, il est bien de son fait personnel et on voit bien qu’il n’en comprend pas le poids, il ne voit pas où est le problème sauf qu’il l’atteint à titre personnel, dans sa réputation.

Il ne faut pas s’illusionner, la majorité des électeurs n’ont pas été dupes lors de la tirade du « moi président », autant pour certains, il n’a plus été du tout question de voter pour lui après une clownerie pareille (à un tel niveau de responsabilité, ce discours est inconséquent) mais d’autres se sont dits, pourquoi pas car il y avait l’espoir justement que les choses changent. Or désormais condamné à faire du Sarkozy « light » voire « cheap », il perd en crédibilité personnelle d’où des sondages abyssaux, catastrophiques et qui ne semblent même pas l’atteindre, il est président, c’est tout ce qui lui importait.

Et donc, voici les deux boomerangs qui reviennent et qui vont faire payer l’ensemble du PS jusqu’au discrédit total alors que l’UPM est à l’implosion et presque à la dissolution.

Déjà lors des élections actuelles, le PS s’effondre mais en 2017 en ayant démontré que la droite avait déjà une solution valable dès 2008 et qu’ils n’ont finalement fait que reporter l’échéance, qui votera pour le PS de manière raisonnée puisque manifestement ils ne sont pas adaptés à la situation nationale et qu’ils useront des stratégie de l’UPM ? Autant voter pour l’original ?
Dans un autre sens comment voter pour des gens qui ne tiennent presque aucune promesse et dont la trahison est la tactique principale tant en public qu’en privé (en comparaison, Nicolas Sarkozy aura divorcé dans la dignité et se sera remarié pendant son mandat là où Hollande aura répudié et trompé brutalement sa concubine dès le début de mandat).

Cela dit, je ne dis pas que seule la droite a la solution, je dis seulement que le PS n’en avait manifestement pas une autre ou pas une autre meilleure.

Sauf miracle 2017 est déjà perdu pour le PS, Hollande ayant été président est de toute manière financièrement préservé mais son ego ne lui permettra probablement pas de s’en satisfaire mais il devra encore alors affronter une immense traversée du désert car il a transformé le PS en cimetière des éléphants pour se protéger et conserver sa place qui lui fera encore confiance ?

Le terme de délicieux boomerang est évidemment à prendre avec ironie mais dans toute cette affaire, on se demande quand même où est l’intérêt du pays et des gens. On accuse la presse d’entretenir un climat de « tous pourris » mais c’est le rôle de la presse d’informer et de dénoncer les errements des responsables, c’est une sauvegarde de la démocratie. Ce n’est pas la presse qui oblige les politiques à blanchir de l’argent en Suisse ou ailleurs, à favoriser des maîtresses ou des ex-, à coucher à gauche et à droite plus ou moins sous la contrainte, … Ce sont les politiques qui se comportent ainsi mais ce que l’on peut regretter, c’est la politisation et l’instrumentalisation des journalistes dont les dénonciations sont trop souvent sélectives mais aussi les rôles des syndicats et des organisations patronales qui devraient plus s’unir à développer et construire un pays qu’à s’affronter pour faire « triompher » leur camp.

L’ennui de la politique, ce n’est pas le « tous pourris » parce qu’à la limite, des sescrocs raisonnables font de très bons gestionnaires, réalistes et calculateurs, ils sont capables de voir sur le long terme et de brider leur gourmandise afin de ne pas tuer la bête voire de la faire fructifier. L’ennui c’est que les politiciens passent tellement de temps à leurs manoeuvres qu’il n’est pas étonnant que le travail soit bâclé mais l’électeur y a sa part de responsabilité aussi dans la mesure où son choix est généralement irrationnel et basé sur des éléments factuels plus que lacunaires mais aussi très politiquement filtré.
Aurions-nous tort de moraliser les moeurs politiques au point qu’en définitive, on casse ceux qui sont certes malhonnêtes mais compétents tandis que l’on laisse les petites médiocrités et ceux que l’on ne peut ou ne veut pas dénoncer?

C’est quand même compliqué de naviguer dans toutes ces hypocrisies et d’aussi regretter que ces gens ne sachent pas travailler ensemble à la prospérité de tous mais se figent en camps retranchés avec des postures dictatoriales de discipline de parti, de groupe, d’opinion au lieu de simplement faire pour le mieux, pour et par tous.

Peut-être aussi l’électeur est-il en faute en étant finalement la victime consciente et volontaire des discours qu’il sait irréaliste ainsi François Bayrou était-il considéré par la majorité des Français comme le meilleur gestionnaire parmi les candidats. Pourtant à peine 10% votent pour lui, où est la logique des gens d’admettre la qualité d’une personne d’une main et de voter finalement pour un autre?

Ironiquement,François Bayrou aura perdu avec 10% des voix et François Hollande a gagné mais risque bien de ne même plus avoir 10% d’opinions favorables à l’issue de son mandat …

Ce qui pourrait encore le sauver, c’est faire du Chirac le restant de son mandat plus des blagounettes …

Mais si en 2017 le FN aligne en candidate Marion Le Pen, l’équation deviendra alors diablement compliquée et les résultats totalement imprévisibles avec une candidate élevée pour gagner depuis le berceau.

Cependant, j’achèverai en faisant du François Hollande.

Peuple de gauche de France, rassurez-vous, votre président de 2014 à des tactiques tellement maladroites qu’il reste bien gauche et pas de risque de Vallser à droite sauf dissolution ou prochaines élections.

Hugues CREPIN

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